Annesophie B.

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chroniqueuse littéraire à temps complet.

La chair de sa chair, le nouveau thriller de la plus machiavélique des autrices du genre

le nouveau thriller de la plus machiavélique des autrices du genre

HarperCollins

14 mars 2021

Très bon.

Dire que ce roman est un thriller psychologique serait réducteur.
C’en est un, et un très bon, pas de doute là-dessus, mais il est aussi beaucoup plus.

Claire Favan est toujours terrifiante (dans le bon sens du terme !) quand elle aborde le sujet de l’enfance. Et dans La Chair de sa Chair, elle l’aborde, la triture, la décortique, la modèle à son goût et nous en offre l’image la plus féroce qui soit.
N’ayez crainte, pas de bain de sang, de scène de torture ou de passage horrifique, elle n’en a nul besoin.
Non, ici tout est dans la psychologie des personnages, et c’est ce qui rend cette histoire aussi effrayante qu’additive.

Moira, Peter, Nigel, Wendy... Une mère, trois enfants.
Moira, sur qui le sort s’acharne.
Moira, qui reproduit en tentant de faire l’exact opposé.
Moira dépassée, épuisée, malheureuse. Mais mère aimante avant tout.
Jusqu’au drame.

On a déjà lu et relu ce genre d’histoires, direz-vous.
Et vous vous tromperiez.
Ici l’important n’est pas de savoir comment ça se termine, car on le sait dès le début : mal, très mal.
Non, la question est surtout : pour qui, pourquoi et comment.

L’auteure n’essaie pas de nous entraîner sur des pistes multiples, ni de nous perdre en conjectures.
Elle raconte seulement.
Et l’intrigue est si bien présentée que c’est amplement suffisant.
Qu’y a-t-il de plus innocent qu’un enfant ? Qu’y a-t-il de plus effrayant qu’un enfant qui est tout sauf innocent ?
Dans le cas présent, rien !

Peter et Nigel ne vous quitteront pas de sitôt, ils se pourrait même que vous les recroisiez au détour d’un cauchemar futur.

Laissez-vous prendre au jeu de cette intrigue infernale. Laissez-vous guider durant les 353 pages de ce roman.
Vous en ressentirez pantois, échevelé, et sûrement tachycarde, mais n’est-ce pas précisément tout ce que l’on recherche dans ce type de lecture ?

Un excellent thriller, que j’espère sincèrement voir adapté un jour en film.
À découvrir sans tarder !

Femmes en colère, roman
14 mars 2021

Indispensable.

Qu’est ce que je pourrais bien vous dire pour vous convaincre de lire ce nouveau roman de Mathieu Menegaux ?

Je pourrais vous parler du titre, Femmes en colère, tellement approprié et si judicieux.
Je pourrais vous parler de son intrigue, l’histoire de Mathilde, qui est aujourd’hui jugée aux assises parce qu’elle a eu le malheur d’être un jour victime de monstres.

Je pourrais vous parler des personnages, profonds, touchants, révoltants. Ceux que l’on voudrait serrer dans nos bras et ceux que l’on aimerait frapper, tellement représentatifs de notre société.
Je pourrais vous parler du style de l’auteur, si vif, si vrai, si juste...
Je pourrais vous parler de l’atmosphère qui s’en dégage, de cette sensation d’être dans cette salle, d’assister aux débats, mais aussi de réellement être aux côtés de Mathilde pendant les suspensions. Du besoin ressenti par le lecteur de l’écouter encore et encore.

Je pourrais vous parler des problèmes qu’il met en lumières et des sujets qu’il interroge.
Le droit des femmes à dire non.

Le fait que ce droit soit remis en cause quand la femme n’a pas la tenue vestimentaire appropriée ou le mode de vie qu’on en attend.

Le fait que si une victime a l’outrecuidance de vouloir se défendre, elle devient coupable aux yeux de la Loi...

Je pourrais vous parler de ce que j’ai ressenti lors de cette lecture.
De ma colère face à ces vérités.
De mon dégoûts face à certaines réactions des jurés.
De mon désespoir devant tout ce qu’il nous reste à accomplir avant qu’enfin une victime n’est plus jamais à se justifier.
Et surtout de l’immense besoin de dire merci à l’auteur.
Parce qu’il a su trouvé les mots. Parce qu’il n’a pas eu peur de les mettre sur papier. Parce qu’il est parvenu à exprimer le pire pour essayer de nous ouvrir les yeux.
Parce qu’enfin, c’est un homme, et que pourtant c’est sûrement l’un des plus beaux témoignages de femme qu’il nous offre là.

Je pourrais vous parler de mille et une choses, mais je ne le ferais jamais aussi bien que l’auteur.
Je pourrais vous donner des dizaines de raisons de le lire, mais aucune de sera à la hauteur de ce roman.

Alors n’hésitez pas.
Lisez-le.
Offrez-le.
Parlez-en.

Les femmes n'ont pas d'histoire
14 mars 2021

Beau roman noir.

Dans Les Femmes n’ont pas d’histoire, Amy Jo Burns nous fait découvrir Wren, une jeune femme que vous n’êtes pas près d’oublier.
C’est l’histoire de la fille du manipulateur de serpents...

Dans cette région reculée des États-Unis, les femmes sont régentées par les hommes, et les hommes sont régentés par Dieu.
Ou, dans l’absolu, c’est ce qu’ils voudraient que le monde croit.
Car qu’est-ce qui de l’alcool, des drogues ou du Seigneur Tout-Puissant les fait réellement se lever chaque jour ?

Pour le père de Wren, c’est Dieu. Puisqu’il en est son représentant. Il en est certain, tout le monde l’est : il peut tenir des serpents, c’est la preuve qu’il a été choisi.
Parce que si ce n’est pas Dieu, alors que reste-t-il de cet homme et de ses malheureux serpents ?

Pour sa mère, le problème est justement là. Elle l’a cru. Elle y a cru.
Elle s’est repliée, retirée, effacée, pour que toute la lumière soit sur lui.

Pour Wren, le juste milieu n’existe pas. Si elle plie, elle rompra fatalement.
Alors elle va saisir sa chance. Son unique chance.
Même si celle-ci découle du jour le plus terrible de sa vie...

Avec un style impeccable l’auteure nous entraîne dans un monde qui nous paraît lointain et qui pourtant est si proche.
Sa plume nous décrit des paysages sauvages et magnifiques, des personnages aussi blessés que blessants, des vies aussi abîmées que prometteuses.
Grâce à elle nous suivons avidement Wren, ces choix et ses errements, ses erreurs et ses victoires.
Avec elle nous comprenons que ce qui nous semble terminé, lointain, aboli, et pourtant toujours là, juste camouflé un peu plus loin...
Mais nous apprenons aussi que rien n’est écrit à l’avance.
Que le choix est possible.
Et que si la victoire à son importance, c’est surtout le combat qui compte.

Oui, un vrai beau roman noir américain. Plein de poésie et de désillusions. Empli de cris et de refrains.
Un de ceux dont Sonatine a souvent le secret.
Et une nouvelle écrivaine à suivre, pour ce qu’elle a à dire, et pour la façon dont elle le dit !

À découvrir sans hésiter.

Rien ne t'efface

Les Presses de la Cité

21,90
28 février 2021

Toujours efficace.

Le nouveau roman de Michel Bussi prouve une fois de plus, si cela était nécessaire, qu’il reste un auteur particulièrement efficace dans le thriller psycho-domestique.
Rien ne t’efface répond aux trois grandes qualités que beaucoup recherchent dans ce type de littérature : une histoire prenante, des twists percutants et une fin insoupçonnable.

Pour ce qui est de l’histoire, on va suivre Maddi, dont le fils va brutalement disparaître en 2010.
Dix ans plus tard, en revenant sur la plage où elle a vu son fils pour la dernière fois, elle va y retrouver un petit garçon du même âge, qui lui ressemble comme un jumeau.
Elle comprend rapidement que c’est bien plus qu’un simple hasard.
Car il n’y a pas que la ressemblance physique troublante, il y a aussi des détails comme les vêtements, les phobies, et même une tache de naissance bien particulière.

À partir de là, Michel Bussi va entraîner le lecteur dans un labyrinthe de spéculations et de retournements de situation qui le laisseront sans voix plus d’une fois.
450 pages durant lesquelles pas une seule fois vous parviendrez à deviner ce qui vous attend au chapitre suivant.
Pour le twist final, l’auteur reste là aussi fidèle à sa réputation, quel que soit la fin que vous aurez envisagée, vous serez forcément encore très loin du compte par rapport à ce qu’il vous prépare.

Les fans de Mr Bussi retrouveront donc absolument tout ce qui fait qu’ils aiment ses intrigues avec ce nouveau titre.

Si, pour ma part, j’aurais préféré une histoire un peu moins longue, des personnages un peu plus profonds et que l’un des twists m’a littéralement fait froncer longuement les sourcils, je lui reconnais un style simple et diablement efficace qui ne se dément pas.

Les Nymphéas Noirs reste mon roman préféré de cet auteur, mais aucun doute : ce nouveau cru remportera un franc succès auprès des aficionados, et pas que...
Même si ça n’a pas été un coup de cœur de mon côté, c’est donc un thriller qui se lit très bien et très vite, qui démarre sur une intrigue solidement ficelée, qui regorge de twists et dont le final est totalement inattendu.

À tenter !

La danse de la tarentule
28 février 2021

Une belle découverte.

La Danse de la Tarentule a été une lecture très plaisante.
Claire Blanchard parvient à nous raconter une histoire pour le moins difficile avec un style qui nous la rend presque personnelle.
L’attachement à la petite Émilie a été immédiat pour moi.

Élevée avec son jeune frère par sa grand-mère et sa tante, aussi pieuses que teigneuses l’une que l’autre, elle ne rêve que du retour de ses parents, pour enfin reprendre une vie de famille normale.
Une vie que ses souvenirs d’enfants lui promettent idéale. Sa mère, son soleil, sa fierté, sa référence...
Pourtant, le jour où le rêve se réalise, il ne faut pas longtemps pour se rendre compte que les lointains souvenirs étaient pour le moins mensongers.

Violences familiales, haine, inter et intra, générationnelle, cercle vicieux d’un calvaire écrit dans l’ADN des bourreaux, mais malheureusement aussi dans celui des victimes.
Et pourtant, grâce à la plume de l’auteure, le lecteur ne se transforme à aucun moment en voyeur.

Le fait d’écrire l’histoire d’après les yeux et avec la voix d’Émilie y est pour beaucoup, donnant vraiment la sensation de l’écouter raconter son histoire et de la regarder grandir au fil des pages.
Le roman est à la fois terriblement plein de douleurs et incroyablement débordant d’espoir.
La toute fin est elle-même à cette image, et on en ressort chamboulé et apaisé.

Les thèmes sont traités avec naturel et sans surenchère. Elle présente ces cycles de violence de manière très simple et sincère, et le texte déborde d’humanité et empathie.

Un livre qui plaira à tous, précisément parce qu’il touchera tout le monde.
À lire, pour découvrir Émilie, et pour entendre tout ce qu’elle a à nous dire.