sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

21 juillet 2021

Londres, Hyde Park, février 1989. le sergent Benjamin Chambers, appelé sur les lieux d'un crime, est sidéré quand il découvre que la victime est un homme complètement gelé, déposé sur un piédestal et figurant une macabre composition du Penseur de Rodin. Très vite, quelque chose l'interpelle dans cette ‘'statue'' et le policier s'aperçoit que l'homme vit toujours. Malheureusement, les agents sur place n'ont pas fait les premières constatations dans les règles et il est trop tard pour sauver ce penseur glacé. Chargé de l'enquête avec l'agent Adam Winter, Chambers ne sait pas encore qu'il recherche un tueur en série particulièrement pervers. Après le Penseur, c'est la pietà de Michel-Ange qui est reconstituée et très vite, les deux policiers identifient deux suspects possibles. Pourtant, l'enquête finit en fiasco total et Chambers manque de peu d'y laisser la vie.
Sept ans plus tard, Jordan Marshall, stagiaire à la brigade des stups, cherche de nouvelles pistes et contacte Chambers et Winter. Les deux hommes qui se sont brûlé les ailes en poursuivant le meurtrier hésitent à l'aider dans ses investigations. Mais l'enquête officieuse de Marshall a réveillé la bête. le tueur amateur d'Art recommence à tuer…

Des crimes sordides, des flics atypiques et attachants, un tueur qui allie perversion, sens de l'esthétisme et intelligence, des rebondissements et des dialogues non dénués d'humour malgré la noirceur ambiante…que de bons ingrédients pour un thriller addictif, surprenant, mené tambour battant par un Daniel Cole aussi inventif que son tueur en série.
Le trio d'enquêteurs gagne à être connu, aussi différents que possible mais qui finissent par être liés par une solide amitié. On se plaît à penser qu'ils pourraient devenir récurrents…
Un page-turner tout simplement excellent !

9 juillet 2021

Terre bénie qui l’a vue naître, le Japon exerce sur Amélie Nothomb une fascination lointaine faite de souvenirs heureux et de séparations douloureuses. Elle a quitté l’archipel à l’âge de cinq ans pour n’y revenir que seize plus tard, se fiancer avec le gentil Rinri et le quitter lâchement. La revoilà, encore une fois après une absence de seize ans, pour un pèlerinage sur les lieux de son enfance, suivie par les caméras de France 5. Au programme : une rencontre émouvante avec sa vieille nourrice, la visite de son école maternelle, des retrouvailles avec Rinri, désormais marié et père de famille, et puis Kobe -la ville où elle a vécu, Kyoto -la plus belle ville du monde-, Tokyo -la ville de son histoire d’amour- et Fukushima -ville meurtrie où la vie reprend.

Amélie se promène, découvre, redécouvre, s’émeut, se crispe, se déconnecte, pratique son japonais un peu rouillé, s’émerveille, se réjouit, s’imprègne et finit par rentrer à Paris, s’arrachant encore une fois à ce pays bien-aimé pour mieux cultiver la ‘’nostalgie heureuse’’ de tout ce qu’elle y a vécu.
Dans le style qu’on lui connait, simple mais parsemé de jolis mots inusités, avec son ironie mordante et la saine distance qu’elle entretient avec son personnage public, Amélie Nothomb réussit à nous intéresser à ce voyage mémoriel très intime. On l’aime brisant le carcan de l’étiquette japonaise pour étreindre sa nourrice ou mourant de honte en train de broder une fraise sous les cris enthousiastes des institutrices de son ancienne école. Et bien sûr, on attendait LA rencontre avec Rinri, le fiancé délaissé…Une lecture plaisante.

5 juillet 2021

Sous le prétexte mensonger d’un voyage de repérage pour son agence de voyage, le journaliste Jean-Luc Coatalem obtient son visa, précieux sésame pour pénétrer dans le pays le plus fermé du monde : La République populaire démocratique de Corée. Flanqué de son ami Clorinde, un dandy casanier qui n’a jamais quitté la France, le voilà au pays des Kim pour un voyage surréaliste, sous la surveillance constante d’un guide, d’un traducteur et d’un chauffeur. Triste périple dans un pays gris où chaque visite est programmée, chronométrée, sans aucune place pour l’imprévu, l’improvisation, l’échange, les rencontres. Chaque jour, le journaliste consigne, dans un carnet caché dans la doublure de sa valise, ses impressions sur un voyage ennuyeux, sauvé de la dépression par la lecture du génial ‘’Mardi ‘’ de Melville.

Rien de nouveau sous le ciel de Pyongyang. Jean-Luc Coatalem brosse un portrait sans concession d’un pays exsangue qui subit la dictature des Kim depuis que Kim Il-sung, le ‘’Président éternel’’, le ‘’Professeur de toute l’Humanité’’, a pris le pouvoir en 1949. Quand les deux amis s’y rendent, c’est son fils Kim Jong-il, le ‘’Dirigeant bien-aimé’’, qui préside aux destinées de ses concitoyens, main de fer dans un gant qui l’est tout autant. La famine sévit, l’électricité est souvent coupée, tout comme l’eau courante, les rues sont vides et la population mal nourrie, mal vêtue, visages fermés, regards vides, essaie de survivre à ce régime liberticide, paranoïaque, absurde.
Rien ne trouve grâce aux yeux du journaliste qui promène son regard d’occidental condescendant sur les gens, la nourriture et même les paysages. On ne lui reprochera pas de rester insensible à l’usante propagande du régime mais on pourra s’étonner qu’il critique les portions qu’on lui sert à l’hôtel quand il sait pertinemment qu’il a le privilège de pouvoir se nourrir dans un pays où le plus gros de la population ne mange pas à sa faim. Moqueur et fier de ne pas être dupe du décor théâtral qu’on lui présente, il voudrait peut-être qu’on pousse le vice jusqu’à lui proposer des buffets à volonté ??
Instructif peut-être pour ceux qui ne sont pas du tout au courant de la situation en Corée du nord, ce livre n’apporte aucun élément nouveau à qui s’est déjà un peu renseigné sur le pays. Au contraire, c’est une suite de poncifs alignés sur un ton ironique, sans empathie, sans compassion. Malgré la surveillance des guides, l’ennui mâtinés d’un soupçon d’angoisse, les deux amis ont pu rentrer en France sains et saufs, retourner à leurs banquets gastronomiques et à la douceur de vivre d’un pays libre…Le peuple nord-coréen est, lui, condamné à vie.

4 juillet 2021

Mandchourie, 1945. Dans son palais de Xinjing, Otozō Yamada, commandant en chef de l’armée japonaise du Guandong, semble ne pas s’inquiéter de l’Armée rouge qui frappe à la porte de la colonie. Il prend de haut Puyi, empereur fantoche du Mandchoukouo, inconscient du fait qu’il est en passe de devenir lui-même un gouverneur fantoche. Lettré et fin gourmet, le général tient sous sa coupe un cuisinier chinois rebelle qui lui mijote d’incroyables plats, enchaîné dans les cuisines du QG. Dans son lit, Kilsun, la compagne coréenne de Chen, le régale d’une expertise acquise depuis qu’elle a été enlevée par les troupes japonaises dans son village du nord de la Corée. Le monde s’écroule autour de lui mais Otozō ne se préoccupe que de son palais et des mets précieux que lui prépare Chen. Ennemis, les deux hommes se livrent une bataille sans merci dont les armes sont le billot, le couteau et le fourneau du cuisinier auxquels s’oppose la langue du japonais qui goûte, apprécie, se laisse berner, attendrir, surprendre.

C’est par le prisme de la gastronomie que Jeong-hyun Kwon a choisi d’évoquer l’Histoire de la Mandchourie et les trois ‘’forces’’ en présence en 1945, au moment où l’Empire colonial japonais est sur le point de s’effondrer.
C’est Otozō Yamada qui prête sa voix à la partie japonaise. Ce personnage ayant réellement existé est décrit ici comme un homme plus préoccupé par ses repas que par le sort de l’armée qu’il dirige. Peu lui importe l’avancée des troupes soviétiques, il a foi en la grandeur et la puissance du Japon et tant qu’on lui apporte les mets les plus fins et les plus délicats, rien de grave ne peut arriver. Nostalgique de son enfance et des plats cuisinés par sa chère mère, il peut aussi être cruel, à l’image de son pays, colonisateur sans pitié en Mandchourie comme en Corée.
La Chine est représentée par le cuisinier Chen, socialiste convaincu qui a réussi à s’introduire dans les cuisines du haut commandement japonais avec pour seules armes son couteau et le billot hérité de son père. Il est l’homme du peuple qui refuse de plier sous le joug japonais. Il maîtrise tous les plats cantonais et yi et veut endormir la vigilance de ses geôliers grâce à ses plats inventifs. Son plan est d’éliminer l’ennemi de l’intérieur.
Pour la Corée, c’est la belle Kilsun qui raconte son histoire; si belle qu’elle a commencé par attiser la convoitise de son propre frère. C’est pourtant sur son invitation qu’elle décide de quitter son pays pour le rejoindre en Mandchourie. Mais dès la gare, elle est enlevée, parmi tant d’autres, par des soldats japonais qui lui promettent un travail à l’usine. Las ! Elle sera femme de ‘’réconfort’’ passant de bras en bras, battue, possédée, violée jusqu’à ce que Chen la sauve et l’emmène finalement en Mandchourie. Elle y retrouve Seok, son révolutionnaire de frère qui l’incite à séduire Otozō pour le tuer.
A travers cette guerre du goût que se livrent l’oppresseur japonais et le cuisinier chinois, Jeong-hyun Kwon dénonce la guerre, les atrocités commises par les armées nippones, le sort des femmes de réconfort, victimes des pires sévices.
Une page d’histoire à découvrir où l’auteur mêle avec habileté les horreurs de la guerre et les plaisirs de la chère. Un récit fait de chair, de sang, de sexe, sensuel et cruel, subtil et complexe.

29 juin 2021

Las des querelles et mesquineries de la questure de Parme, le commissaire Soneri s’accorde quelques jours de vacances dans les Appenins. Au pied du Montelupo, dans le village qui l’a vu naître, le policier compte renouer avec ses amis et surtout cueillir des champignons. Mais, sur place, l’ambiance est délétère. Tous les jours, des coups de feu retentissent dans la montagne et il se passe de drôles de choses chez les Rodolfi, propriétaires de l’usine de charcuterie qui fait vivre le village. Quand Palmiro, le patriarche se suicide et que son fils, Paride disparaît, le commissaire voit ses vacances définitivement perturbées. Refusant de se mêler de l’enquête malgré les sollicitations du carabinier local, Soneri ne peut pas non plus ignorer que son village et ses habitants sont différents des souvenirs qu’il chérissait et qu’il doit comprendre ce qu’il s’est passé.

Novembre dans les Appenins, entre brumes insidieuses et brouillards opaques. Un village calme en apparence mais la colère gronde, la haine couve. Ces montagnards taiseux ont vendu leurs âmes aux Rodolfi, maîtres des lieux et dont la fortune a des origines louches. Le patriarche aurait fait son beurre avec les fascistes et même les nazis pendant la guerre. On a bien voulu oublier ce faux pas parce qu’il est né pauvre, qu’il a connu la faim et qu’il a réussi à force d’ambition et de volonté, mais aussi parce que presque tous les villageois lui ont accordé des prêts pour faire fructifier l’usine. Jeune, il formait un trio avec Capelli, le fromager suicidé récemment et Gualardzi, le seul à n’avoir renié ni ses origines ni ses idéaux. Il vit en reclus dans la montagne, on l’appelle ‘’Le Maquisard’’, une force de la nature qui vit de braconnage et ne s’est pas vendue au Dieu Argent. Est-ce lui qui tire dans les montagnes, faisant planer une menace diffuse sur les lieux ? Est-ce lui qui a tué Paride ? Les carabiniers en sont certains et organisent une chasse à l’homme sur un terrain qui leur est forcément défavorable… Au milieu des balles qui sifflent et de l’inquiétude qui se propage, le commissaire Soneri tente de faire taire sa curiosité pour profiter de ses vacances. Mais un flic reste un flic en toutes circonstances. Même si un fossé s’est creusé entre l’homme de Parme et les montagnards qui l’ont pourtant vu grandir, Soneri connaît ces gens et ce pays où il a ses racines. Son propre père a travaillé pour les Rodolfi. A quelles compromissions s’est-il livré pour obtenir ce poste ?
On ne connaît du passé de ses parents que ce qu’ils ont bien voulu nous raconter et Soneri prend conscience que tout un pan de l’histoire de son père lui est inconnu. Le résistant communiste s’est-il renié en pactisant avec le vieux Palmiro ? Partagé entre le besoin et la crainte de savoir, le commissaire creuse le passé pour expliquer le présent.
‘’Tu es un homme doux-amer’’ dit Angela, sa compagne, au commissaire. Et c’est un peu le fil conducteur du livre, un partage entre la douceur des souvenirs d’enfance et l’amertume de la confrontation avec une réalité moins rose. Et bien sûr, Varesi met en valeur son petit coin d’Italie. Ici le Montelupo qui domine le village, jetant ses ombres sur des hommes qui l’ont parcouru pour chasser ou faire la guerre. Personnage du roman à part entière, la montagne cache bien des secrets. Elle a vu passer les résistants, les fascistes, les soldats allemands, les contrebandiers, aujourd’hui elle abrite les clandestins ou les passeurs de drogue. Elle dissimule, protège ou tue selon son bon vouloir…
Comme à son habitude, Valerio Varesi nous propose un polar d’ambiance qui vaut plus pour son atmosphère que pour son suspense. Paisible et bucolique de prime abord, l’histoire se fait de plus en plus sombre, au fur et à mesure que se dévoilent la cupidité, la méfiance, la jalousie…les bassesses des hommes.
Coup de cœur très subjectif, provoqué par un attachement à l’auteur et à son commissaire.