Alex-Mot-à-Mots

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Alex L., lectrice compulsive, presque anonyme.
Ayant une préférence pour les bons polars, mais aimant aussi les autres genres (sauf la SF, pitié....)

22 avril 2022

Groenland

Un roman groenlandais, je crois que c’est une première pour moi. Islandais, danois, suédois, oui, mais groenlandais, pas jusqu’à présent.
Je dois dire que j’ai eu du mal au départ avec anaanaa (la mère), ataataa (le père) et anaa (la grand-mère).
Nous ne saurons jamais le prénom de la narratrice, qui raconte son départ pour l’université au Danemark et son amour pour Maliina.
Petit à petit, nous découvrons des bribes d’enfance, notamment son amitié avec un garçon de son âge qui se suicidera quelques temps plus tard.
Les chapitres sont décomptés, qui commencent au 45 pour se terminer tragiquement au 1. Et chaque titre de chapitre fait soit référence à un suicide de Groenlandais, soit un passage du chapitre.
J’ai eu du mal avec le comportement de la narratrice dont j’ai senti qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas : culpabilité ? décès de sa grand-mère ? éloignement de son pays ?
Sa longue descente m’a paru bien triste.
J’ai constaté avec horreur qu’il y avait peu de suivi psy pour les personnes ayant fait une ou plusieurs tentatives de suicide ; qu’il n’y a pas d’avenir pour les jeunes au Groenland, et que même ceux qui s’expatrient ne réussissent pas toujours à comprendre les codes sociaux.
J’ai découvert des habitants qui mangent beaucoup de viande local, tout le reste ou presque de leur nourriture étant surgelée.
Un roman qui se déroule sur une année avec son été trop lumineux et son hiver trop blanc, ce qui dérange ses habitants.
L’image que je retiendrai :
Celle de la façon de se rendre compte du temps qui passe en fonction du nombre de meurtres de l’épisode de Barnaby regardé.

22 avril 2022

vie moderne

Je découvre cette toute nouvelle maison d’édition avec un texte fort : le monde en fait, du bruit, même derrière un écran.
La narratrice, Kayleigh, sort d’une relation unilatérale avec une femme qui lui a pris tout son argent. Pour payer ses factures, elle se voit contrainte de travailler dans une entreprise de nettoyage du web (et oui, ça existe).
Nous la suivons depuis le stage de recrutement jusqu’à sa démission.
Si elle ne semble pas particulièrement souffrir des images qu’elle regarde à longueur de journée, son comportement et celui des camarades de son groupe s’en ressent : insultes faciles et grossières ; remèdes bio ; platisme et complotisme.
Pas tout de suite, pas de façon brutale, mais au fil des mois, chacun perd un peu de lucidité.
Même la relation de Kayleigh avec sa nouvelle petite amie devient problématique.
Jusqu’à perdre pied avec la vie réelle et entrer dans la vie des autres par effraction.
J’ai été sidéré de constater que Kayleigh ne pense plus qu’en terme de publication : ce que je vois est-il publiable ? Comme si le barème pouvait s’appliquer à la vraie vie, quitte à dépasser certaines bornes (tant que c’est publiable).
J’ai été impuissante avec elle face à ces jeunes qui se filment en pleine souffrance, seuls dans leur chambre.
Un roman fort qui fait réfléchir à ce que nous postons, et surtout regardons sur les réseaux sociaux qui n’ont de sociaux que le nom, tant ils sont criant de solitude.
L’image que je retiendrai :
Celle de la vidéo que Kayleigh et son amie ont filmée, déclencheur de la rupture.

22 avril 2022

Grèce antique

D’Achille, je ne connaissais pas grand chose, si ce n’est sa participation à la Guerre de Troie ; son combat avec Hector et ce qu’il fit de sa dépouille. Le nom Patrocle me disait vaguement quelque chose.
Dans ce roman, le premier de l’auteure, c’est Patrocle qui raconte son ami et amant Achille depuis sa naissance jusqu’à leurs morts.
J’ai découvert qu’Achille était le fils d’une néréide, Thetis ; que les deux adolescents avaient été élevés par le centaure Chiron dans sa grotte rose et au milieu de la nature ; qu’Achille était appelé Aristos Achaion (le plus grand des Grecs).
J’ai découvert avec étonnement pourquoi Achille a laissé les troyens envahir le camp des Grecs : une querelle avec Agamemnon à propos d’une esclave.
Une querelle d’ego, quoi. Cela m’a déçu, car tout demi-dieu qu’il soit, il est d’abord et avant tout humain, trop humain.
J’ai aimé que Patrocle explique qu’il tient le même rôle que Cléopatre (le prénom de l’un étant l’envers du prénom de l’autre), femme de Méléagre, qui supplie son époux de reprendre les armes.
J’ai aimé les leitmotivs : les figues avec lesquelles jongle Achille, les osselets que découvre Patrocle.
Une lecture à la fois enrichissant et divertissante qui m’a plongé en pleine guerre de Troie.
L’image que je retiendrai :
Celle du camp des Mirmidons, les soldats d’Achille, fourmis en bout de plage.

22 avril 2022

Italie

Tullia nait à Rome à la fin de la guerre de 39-45. C’est elle qui nous raconte sa vie, année par année, dans cette ville.
Chaque chapitre correspond à une année et à un quartier ou une rue de la Ville Eternelle. Mais l’année n’est jamais racontée en entier, seulement un fait marquant. A nous lecteur de raccrocher les morceaux de ce qu’il s’est passé entre-temps et qui ne nous a pas été dit.
Tout comme Rosa, la mère de Tullia, ne dit jamais beaucoup de mots à ses enfants. Des reproches, surtout.
J’ai aimé suivre Tullia, obligée de parcourir la ville à pieds dès l’âge de 6 ans pour vendre des brosses et des laques après son renvoi de l’école. Comme ses frères, elle est obligée de travailler si la famille veut manger.
J’ai aimé découvrir cette vraie ville qui se reconstruit, pas encore touristique, avec de vrais romains qui se battent pour ne pas mourir de faim au sortir de la guerre.
J’ai aimé ce roman très elliptique, composé uniquement de mise en lumière d’une vie bien sombre de travail et de débrouille.
Je n’ai pas aimé que Rosa revienne sans cesse dans les pensées de Tullia, comme si la fille ne pouvait se défaire des principes de sa mère. J’ai été heureuse de lire que petit à petit, elle s’en détachait.
Une lecture douce-amère sur une ville et ses habitants qui ont su renaître du chaos et de la destruction.
L’image que je retiendrai :
Celle de la grosse boîte que porte Tullia à travers les rues de Rome, et qui contient tout ce qu’elle doit vendre dans la journée.

5 avril 2022

racisme, vie de famille

Ouvrir un roman de Joyce Carol OATES, c’est pour moi faire un pari : ou ça passe, ou j’abandonne.
Et cette vie de cafard, je ne l’ai pas abandonnée. Parce que Violet Rue m’a émue ; parce que sa famille m’a indigné ; parce que j’ai partagé son enfance, son adolescence et une partie de sa vie d’adulte dans le brouillard.
Elle m’a émue, Violet Rue, la dernière née de la famille et la fille chérie de son papa. Et au moment où se produit le drame qui fera éclater sa famille, elle n’est pas bien vieille et ne comprend pas tout ce qu’il se passe.
J’ai été indignée que ses parents ne lui pardonnent pas, cherchant seulement à sauver la face, quitte à hypothéquer 2 fois la maison.
J’ai aimé les leitmotivs : les serpents frémissants de vie ; les frères qui purgent leur peine ; le prénoms Vi’let comme déjà amputé d’une partie de lui-même ; le pardon impossible du père que Violet cherche désespérément ; la cicatrice de Violet qu’elle montre ou qu’elle cache.
J’ai aimé l’ambiance particulière que l’auteure à su créer ; les changements de point de vue.
J’ai été exaspérée de tous les non-dits, comme si personne ne pouvait expliquer à cette petite fille ce qu’il se passait.
J’ai découvert avec effarement que dans le nord des Etats-Unis aussi, les racistes sont légions.
Un roman fort de cette auteure qui reprend les thèmes qui lui sont chers : le racisme, la sexualité, les serpents.
Une citation :
Tu comprends : l’homme a le pouvoir de t’intimider, de te faire honte. Mais tu as le pouvoir du rire.
L’image que je retiendrai :
Celle du sale petit chien qui finira par appartenir à Violet.

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