Dans le jardin de l'ogre

Leïla Slimani

Folio

  • par (Libraire)
    19 avril 2021

    Dans le jardin de l'ogre

    Adèle est journaliste, épouse d'un médecin, mère d'un petit Lucien, comme autant de tentatives à vivre dans une normalité supposée.
    Mais rien ne parvient durablement à la détourner de l'addiction sexuelle dont elle est et se sait victime, qui semble la définir.
    On lit sa solitude, le précipice au bord duquel elle revient toujours, le vide intérieur qu'elle ne comble jamais, les situations extrêmes qu'elle rencontre et provoque.
    On lit, et c'est comme regarder ce qui s'enchaîne, sans même pouvoir imaginer quelque cause ou solution à ce qui arrive. On se sent totalement décontenancé.
    On perçoit que Leïla Slimani donne à voir l'autre, totalement autre, étrange et incompréhensible à soi. De cette distance même, se crée pourtant un sentiment de profonde empathie, de par la souffrance extrême qui jaillit de partout.
    Elle invite à totalement percevoir l'autre, sans pouvoir le rejoindre jamais, à accepter cela.
    Un livre qui laisse perplexe. Un roman réussi, même s'il, ou peut-être parce qu'il laisse perdurer une sensation de malaise.


  • 7 février 2016

    Don Juane égarée à Paris

    Marocaine installée à Paris, journaliste, Leïla Slimani se jette pour son premier roman avec une certaine acidité dans un étrange et « bataillen » (de Georges Bataille) "Jardin de l'ogre ". La brutalité du thème – une addiction féminine au sexe -, sinon son originalité pourraient rebuter. Mais l'écrivaine ne s'y complaît pas, elle raconte avec une certaine distance la descente aux enfers de l'héroïne, nommée Adèle, et le combat un peu désespéré du mari de la malade, qui est médecin. Va-t-il enfin essayer de remettre son épouse sur de bons rails, va-t-il pardonner ? Et Adèle montera-t-elle enfin dans le train  qui la ramènera au bercail, quand le couple aura quitté Paris avec son enfant ?

    Ce qui frappe dans cette histoire, ce n'est pas la répétition d'un schéma, déjà cent mille fois traités depuis Flaubert et Balzac, c'est qu'elle a jailli de la plume d'une émigrée qui devrait être aux antipodes d'une telle problématique. La femme, le mari et « une armée d'amants » : on se croirait aux Folies Bergères ou dans un théâtre de boulevard ! Sauf qu'Adèle ne sait pas vraiment pourquoi elle s'abaisse ainsi dans une sordide et incompréhensible accumulation d'hommes et que son mari, qu'un accident de scooter oblige à remettre en question sa situation, hésite à tout détruire...

    Leïla Slimani détaille avec une certaine finesse le mystérieux mal qui afflige Adèle. On dirait presque que la romancière a vécu ce chemin de croix et que ce récit n'est pas le fruit d'un hasard.

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