Les Jungles rouges

Jean-Noël Orengo

Grasset

  • 16 décembre 2019

    Cambodge

    À travers une succession d’époques et de lieux, on découvre le destin d’un homme qui aurait tour à tour été : le fils du boy khmer des Malraux pendant leur aventure indochinoise en 1924 ; un militant nationaliste cambodgien, meilleur ami de Saloth Sâr, le futur Pol Pot, durant son séjour à Paris vers 1950 ; un officier khmer rouge, responsable de la propagande, et qui, désertant un mouvement devenu fou, confie Phalla, sa fille venant de naître, à un couple de Français lors de la chute de Phnom Penh en 1975 ; et cette figure de père mythique, hantant Phalla et son petit ami, Jean Douchy, dans les années 1990 et 2000.

    Voici un roman complexe sur le destin du Cambodge.

    D’abord parce qu’il mêle les époques (heureusement, les lieux et dates sont précisés) et les personnages historiques (Malraux mais aussi Duras).

    Complexe parce que je l’ai trouvé parfois inutilement précis (les marques des hélicoptères, les noms de rues de Paris). Mais cela est aussi une tentative d’ancrer le personnage dans la réalité des lieux et des faits.

    Parfois pénible à lire quand l’auteur veut absolument ajouter un second adjectif ou une seconde précision à un texte déjà bien précis.

    J’ai toutefois aimé le leitmotiv de la narration : la même chose mais pas identique. (« Je suis comme vous, mais pas tout à fait comme vous »).

    J’ai découvert l’art de l’éventail dans le théâtre cambodgien.

    Une lecture plus historique que romancée.

    L’image que je retiendrai :

    Celle du palais de Bokor, construit sur l’exploitation des hommes et plusieurs fois abandonné.

    https://alexmotamots.fr/les-jungles-rouges-jean-noel-orengo/


  • par (Libraire)
    10 juillet 2019

    Ce récit, ponctué d’allers-retours entre l’Asie du sud-est, principalement le Cambodge et la France, essentiellement Paris, progresse des années 20 à nos jours. Tel un éventail à 360 degrés, avec des coloris, des plis, des pans indépendants et liés successivement, il emprunte les effluves de chaque époque et de chaque lieu. L’histoire débute, dans les années 20, par le séjour de Clara et André Malraux, retenus au Cambodge dans l’attente de leur procès pour vol d’œuvres d’art, en compagnie de leur boy attitré et fidèle, Xa Prasith. Le fil conducteur est le fils de ce dernier que l’on suit depuis sa naissance au Cambodge, ses études à Paris, son engagement politique, influencé par son meilleur ami, Sâr Saloth (futur Pol Pot) et les intellectuels marxistes, son retour au pays et la mise à l’épreuve du régime des Khmers rouges, sa tentative d’alerter le monde sur ses dérives prévisibles et sa décision de confier Phalla, sa fille de 6 mois à un jeune couple de français au moment de la chute de Phnom Penh. Au-delà des contextes historiques en filigrane, nous sommes plongés dans les méandres de deux jeunesses (cambodgienne et française) vivant le métissage sur deux continents, avec cette fascination commune : se délivrer de sa propre civilisation. Le récit convoque également une galerie de couples singuliers (Clara et André, Maxime et Marie, Yann et Marguerite, Phalla et Jean), comme autant de jeux de miroirs et d’échos qui donnent le vertige dans un dédale de réminiscences et de correspondances. Chacun a son propre labyrinthe de souvenirs traversant les époques et comme « Ce qui ne se dit pas n’existe pas » : les secrets, les légendes et les rumeurs existent pour brouiller les pistes. La force de ce récit réside autant dans sa dimension romanesque que documentaire : un véritable patchwork d’époques et de personnages qui interrogent la métrique existentielle, le chemin parcouru, l’étrangeté du destin et le karma.