188 mètres sous Berlin

Magdalena Parys

Agullo

  • par
    19 janvier 2018

    Peter sert de fil rouge à cette histoire, c'est lui qui relie les différents témoignages, c'est par lui que le lecteur comprendra cette histoire rocambolesque. C'est un roman choral fort bien mené. J'aime beaucoup la manière dont tous les intervenants sont liés entre eux, pas seulement par le tunnel mais aussi par d'autres liens, familiaux, amicaux, amoureux, d'affaires, d'espionnage, de chantage, ... Parfois certains liens sont connus de tous, d'autres fois uniquement de certains qui se gardent bien de les divulguer, même les relations les plus intimes. Magdalena Parys tricote un roman dans lequel elle fait avancer ses lecteurs à petits pas. Ligne après ligne ou rang après rang si l'on veut rester dans le tricot, ils découvrent la vérité sur tel ou tel point, et toujours en recoupant les informations de plusieurs témoins. Le procédé m'a plu. L'histoire itou. Et le contexte pareillement : Berlin et plus largement, l'Europe de l'est de la seconde guerre mondiale à nos jours. La guerre, je l'ai souvent lue, mais vue à travers nos yeux de "vainqueurs" et/ou d'occupés, plus rarement il m'a été donné de lire à travers les yeux de ceux qui, peu après avoir été occupés par les nazis seront sous le joug de l'URSS, et ce point de vue est passionnant, il permet de regarder cette période sous un autre angle. C'est aussi le roman de l'émigration forte à cette époque pour fuir les différents régimes totalitaires, notamment les gens qui fuient la Pologne et ceux qui tentent de fuir la RDA.

    En plus de tout cela, Magdalena Parys fait intervenir pas mal de personnages, tous très particuliers, tous très bien décrits. Ils révéleront dans les difficultés leurs caractères, pas toujours pour le meilleur. Ils sont attachants ou franchement antipathiques, courageux ou veules, des faquins ou des généreux, des altruistes, des combattants d'une cause, la liberté, ou des combattants d'une cause inverse travaillant pour la Stasi... La galerie est vaste, sept narrateurs (cinq hommes et deux femmes) qui vont raconter leur vision de ces années-là. Cela peut paraître beaucoup de personnages pour un seul roman, car il faut ajouter en plus ceux qui n'interviennent pas comme témoins mais qui sont cités. En fait, tout va bien. Moi qui n'aime pas les romans avec de multiples entrées où les nombreux personnages vont et viennent, je ne me suis pas perdu (bon, un peu parfois parce que la romancière fait des allers-retours dans le temps, mais toujours un indice, un mot, une phrase m'a situé), chacun apparaît et est bien décrit et identifiable, aucune confusion ou arrachage de cheveux de ma part (et c'est mieux, parce que, c'est une denrée qui se raréfie).

    Je me suis régalé avec ce roman des éditions Agullo, qui, encore une fois ont fait un choix judicieux, audacieux et excellent. Magdalena Parys, polonaise qui vit en Allemagne a écrit ce roman en 2011 et c'était son premier.


  • 12 janvier 2018

    Berlin, guerre froide

    Edition Agullo : quand sert le bandeau. Oui, je sais, elle est facile, celle-là. Mais c’est une maison d’édition qui propose des romans atypiques, très ancrés, et passionnant.

    Certes, on sent que ce roman est un premier roman (quelques fautes de syntaxes, qui est le personnage John ?, quelques personnages ont le même prénom, ce qui embrouille parfois le lecteur), mais j’ai aimé l’histoire complexe racontée.

    Ce roman choral nous raconte comment une bande d’amis creuse un tunnel de Berlin-ouest à Berlin-est pour permettre au frère de Klaus de rejoindre la partie occidentale de la ville.

    Nous écoutons ainsi différents protagonistes qui ont contribué à l’opération à risque, jusqu’au dénouement final insoupçonnable.

    J’ai aimé que chacun raconte ce qu’il savait, et pourquoi, des années plus tard, Klaus a été assassiné.

    J’ai aimé sentir la tension qui régnait à chaque passage de frontière entre l’ouest et l’est.

    J’ai aimé découvrir pourquoi une telle entreprise avait été aussi facile pour ses acteurs.

    En conclusion : pour vivre bien, vivons cacher.

    L’image que je retiendrai :

    Celle des sacs utilisés pour évacuer la terre et qui n’étaient pas fabriqués et fournis par une entreprise de Düsseldorf.


  • 26 novembre 2017

    En 2000, Klaus, un alcoolique qui vit plus ou moins reclus, reçoit une étrange visite. Quelques jours plus tard, il est mort. Son ami Peter décide d'enquêter sur cet étrange décès qui, selon lui, trouve son origine dans le passé. Il va à la rencontre, pour les interroger, de ses amis d'autrefois : Franz, Roman, Magdalena, Victoria, Thorsten, Johannes, une bande dont il ne reste rien mais qui partage un lourd secret. Un tunnel de 188 mètres de long, reliant Berlin-Est à Berlin-Ouest, creusé pour faire passer Franz dans le monde libre. Les témoignages, partiels, partisans, personnels, convoquent les fantômes du passé de l'Allemagne divisée, de l'avènement du nazisme à la partition, de la construction du mur à sa chute, des agents de la Stasi aux passeurs, des transfuges aux espions.

    Sur fond de guerre froide, Magdalena Parys nous entraîne dans un jeu de piste où les indices sont disséminés dans la mémoire des protagonistes de la folle histoire d'un tunnel entre les deux parties de Berlin. Au delà de la grande Histoire de la ville et du bloc de l'Est, se dessinent les destins personnels d'une petite bande liée par les circonstances particulières, des hommes et des femmes idéalistes, opportunistes, amoureux, apeurés, courageux, naïfs, manipulateurs, altruistes, égoïstes.
    Tortueuse mais passionnante, cette histoire, fictive mais qui puise son intrigue dans des faits réels, se lit comme un roman d'espionnage, se dévore comme un polar, s'appréhende comme un puzzle dont les pièces se dérobent mais finissent par former un tout. Un tout déconcertant où la vérité est plurielle et complexe. Amitiés malmenées, amours contrariés, manipulations, mensonges, trahisons dans une ambiance dangereuse, paranoïaque où plane le danger d'être repéré, suspecté, pris, renvoyé à l'Est. Une belle et captivante découverte.